Dans ses images, Jeanne Susplugas (1974) circule entre des mondes aux échelles différentes. Avec son travail sur les médicaments, elle passe de la macrophotographie d'objets trop souvent quotidiens à leur mise en situation dans la bouche d'humains grandeur nature. Les gélules, tablettes et comprimés - formes géométriques aux contours adoucis et aux couleurs des plus variées - sont photographiés isolés, parfois écrasés, parfois encore emballés, souvent intacts. Les couleurs varient des miels les plus naturels aux rouges et noirs les plus artificiels, évoquant déjà, par leur coloration, la fonction des préparations. Et, dans les transformations et déformations révélatrices de la macrophotographie, tout cela prends une tournure picturale et abstraite.
Les motifs de Jeanne Susplugas trouvent une toute autre signification une fois posés sur la langue de patients d'un instant photographique. Le cadrage, la mise en situation du sujet (car, même lorsqu'ils sont dans la bouche de quelqu'un, les médicaments restent le premier sujet des images) amplifient le rapport quasi-fétichiste à l'usage des produits pharmaceutiques.
Ce jeu d'échelles, le basculement du très petit vers le très grand, on le retrouve enfin dans une série de photographies réalisées à partir de petites figurines en plastique mimant des positions sexuelles multiples. Encore une fois, l'objectif transforme la matière, donne des reflets et exhibe les irrégularités de petites choses sans grande valeur. Surtout, comme avec les médicaments, leur étrangeté est démultipliée par l'agrandissement (même si les tirages restent de petit format).
Pour cette première exposition personnelle berlinoise de Jeanne Susplugas (certains auront remarqué sont travail sur les portes du KW ou sur le stand de la galerie Valérie Cueto pour Art Forum 2003), les images sont présentées sous forme de diaporama, de tirages papier et accompagnées de dessins ; présentant ainsi un aperçu de l'ensemble de la production de l'artiste.